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[Programme bientôt disponible]

Assemblée Générale : jeudi 5 décembre 2013

CR

Le Comité des Forêts à EUROFOREST du 19 au 21 juin 2014

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74ème voyage du CF : ouest et sud ouest de l’Angleterre

du lundi 9 juin 2014 au vendredi 13 juin 2014

Prix du chêne

Mécanismes de formation des prix du chêne

Le marché français des grumes de chêne de qualité supérieure a triplé depuis 20 ans. Sur la même période, le prix moyen, en monnaie constante, des grumes de chênes a diminué de 30% à 40%, le volume total de grumes exploitées étant resté essentiellement stable, ou en légère diminution, à environ 3 millions de m3 par an. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces évolutions apparemment paradoxales, ainsi que le rattrapage partiel des prix constaté depuis deux ans.

Les évolutions récentes des prix et du marché du chêne

Le prix moyen en monnaie constante des grumes de chêne ont été en baisse régulière de 1981 à 1995, et ont stagné entre 1996 et 2004. Un redressement des prix est apparu depuis 2005 ; le prix moyen a ainsi rejoint en 2006/2007 en monnaie courante le niveau des prix atteint 25 ans auparavant, soit, sur cette période, une baisse en valeur d’au moins 30%.

Pour mémoire, le chêne de bois d’œuvre est un produit très hétérogène, et commande des prix allant de quelques dizaines d’euros à mille d’euros et plus au mètre cube de bois sur pied, suivant sa qualité et son usage possible.

Les observateurs proposent deux causes expliquant la hausse récente du prix moyen du chêne :
- Une hausse des prix internationaux des grumes de chêne pour sciages de qualité moyenne ou inférieure tirée par la demande des importateurs chinois. A l’exemple du hêtre dans les années 1990, ou d’autres essences de bois dur, la demande chinoise, pourrait de façon conjoncturelle, contribuer à la hausse du prix du chêne vendu en France dans ces qualités. Ce marché reste néanmoins soumis à la concurrence de l’offre mondiale de bois durs.
- Une forte poussée des prix du bois à merrain, sur un marché essentiellement français, résultant d’une nouvelle croissance de la demande après le ralentissement de 2003/2004, et d’une pénurie de l’offre. On constate par exemple depuis plusieurs années une revalorisation très importante des bois gélifs susceptibles d’être transformés en merrains. Par ailleurs, d’après certaines publications, le diamètre d’exploitation en forêt de Tronçais ne cesse de diminuer pour s’approcher de 55 cm de diamètre. Enfin, une étude statistique publiée par M. Jean-Pierre Sadoux, expert forestier, concernant des ventes de chênes de plus de 30 000 m3 par an en région Centre-Centre Ouest, suggère que la hausse récente est beaucoup plus forte pour les qualités supérieures de chêne que pour les qualités inférieures. Malheureusement, contrairement aux sciages, aucune statistique nationale concernant l’évolution du prix du merrain ne semble disponible.

Le marché du merrain

Les qualités supérieures (merrain, tranche) représentent aujourd’hui près de 15 % en volume, et 35% en valeur du total mis sur le marché en France. Le volume de chênes commercialisé en France dans ces qualités a triplé depuis 1980.

Le volume de billons à merrain commercialisé est, estimé à 300 000 m3 en 2006 ce qui représente plus de 10% du volume de bois d’œuvre de chêne mis sur le marché et 30% des revenus en valeur, soit un montant de 120 millions d’euros par an. Le marché du merrain a quintuplé depuis 1980 et est ainsi devenu le premier débouché en valeur du chêne français.

La production française de tonneaux, d’une valeur estimée à 400 millions d’euros, représente les trois quarts de la production mondiale de tonneaux pour le vin. Cette production est exportée à 80%. Les pays importateurs sont les nouveaux pays producteurs de vin de qualité avec en tête pour près de la moitié des exportations françaises les Etats-Unis, premier pays producteur et premier marché mondial pour les vins de qualité, suivent l’Australie, le Chili et l’Afrique du Sud.

Les tentatives de délocalisation de la production de douelles et de tonneaux pour le vin initiées par certains groupes tonneliers français aux Etats-Unis n’ont, à ce jour, apparemment pas abouti. Le chêne à merrain français et le savoir-faire des merrandiers et tonneliers français restent sans concurrence au plan mondial.

La place dans le monde de la production française

Le massif français de chêne, sessile ou pédonculé, constitué depuis deux siècles et plus, offre un volume de chênes, qui représente plus de la moitié de la réserve et de l’offre mondiale de chêne destiné à la tonnellerie pour le vin.

En Europe de l’Est, la ressource en chêne, mieux connue aujourd’hui (Etude French Timber de 2004/2005), est limitée en volume (sauf en Ukraine, dont le massif est en volume comparable au massif de chêne français), de faible qualité et faiblement aménagée. D’après l’étude French Timber, le niveau des prix des grumes de chêne de qualité est dans ces pays, supérieur à celui de la France. Les transformateurs d’Europe de l’Est bénéficient de coûts de main d’œuvre plus faibles ainsi que des aides européennes à l’investissement.

Aux Etats-Unis, le massif de chênes, et la récolte, sont essentiellement constitués de chênes rouges (2/3) et de chênes blancs (1/3), réservés aux tonneaux de vieillissement des alcools et impropres au vieillisement du vin de qualité, compte tenu de leur teneur en tannins. Ainsi les Etats-Unis exportent pour 50-60 millions $ de tonneaux, principalement vers les producteurs de whisky du Royaune-Uni, à comparer aux 300 millions $ de tonneaux pour le vin exportés par les tonneliers français. Seuls la Belgique et l’Allemagne offrent un volume significatif de grumes de chêne pédonculé ou sessile de qualité, mais reste nettement plus faible que la France.

L’évolution du négoce de grumes de chêne

Depuis 25 ans, la moitié environ des scieries françaises de chêne a disparu. Des exploitants forestiers-négociants, indépendants des scieries ou dont l’activité de sciage est devenue marginale, ont pris un rôle majeur dans la commercialisation des grumes de chêne. Ces négociants assurent la découpe et la valorisation de la grume de chêne abattue, en premier pour le merrain et la tranche vendus pour l’essentiel en France, puis en descendant dans les qualités de sciage vendues en grande partie à l’étranger. Certains exploitants négociants, ont récemment intégré la production de merrains dans leur activité.

Le rôle de l’ONF

Avec 40% du volume de chêne sessile et pédonculé mis sur le marché en France, et plus de 50% pour les qualités supérieures, l’ONF a un rôle premier dans la formation des prix du chêne de qualité. Les prix révélés lors des ventes de l’ ONF, sont la référence pour l’ensemble du marché national et mondial du chêne de qualité.

« Dans le passé, l’ONF s’est toujours attaché à fournir la demande,…. » (Pierre-Olivier Drège, Directeur Général de l’ONF, interview publié dans Forêts de France n° 497, Octobre 2006). L’ONF semble avoir récemment pris de nouvelles orientations commerciales aussi bien en termes de volume offert en grumes de qualité supérieure que de méthodes de mise sur marché (contrats directs avec les utilisateurs finaux, exportations) pour le chêne de qualité moyenne ou inférieure. Ces nouvelles orientations font apparemment suite aux mesures de redressement financier de l’ONF prises dans le cadre du dernier contrat passé par l’ONF avec l’Etat, et au constat d’un risque de surexploitation des réserves de chênes de qualité dans certaines forêts domaniales.

Conclusion

La croissance de la demande en merrains et les nouvelles orientations de gestion de l’ONF sous-tendent la hausse du prix du chêne des deux dernières campagnes ; la poursuite de ces évolutions permettrait d’espérer la revalorisation nécessaire des prix des grumes de chêne de qualité.



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